• Il était un petit navire - Volume II - Chapitre 3 - Contexte politico-militaire & Pertes navales des belligérants (1793-1802)

    Pertes de la Royal Navy et de l’Armée Navale de la République (1793-1802)



    Combat des frégates Réunion et HMS Crescent (17.10.1793)

    Marins anglais et français ne cesseront de s’affronter, entre 1793 et 1802. Les batailles navales en ligne, comme celle du 3 Prairial (1er juin 1794) ou d’Aboukir (1er août 1798), qui voient s’opposer de puissantes escadres, constituent, néanmoins, des exceptions, car, si l’Anglois, en raison de sa supériorité numérique, recherche ce type d’affrontements pour anéantir la flotte française, cette dernière, après avoir encaissé quelques retentissants revers, préfère, elle, les éviter. Le désastre d’Aboukir est, en général, attribué à l’indécision de Brueys, contrevenant aux consignes de Bonaparte, qui lui avait sagement conseillé de reprendre la mer pour rallier Toulon ou, à défaut, de mouiller l’escadre dans l’abri de la rade toute proche d’Alexandrie ; néanmoins, les propres écrits de l’amiral, rédigés avant qu’il ne périsse au cours du combat, font état de contingences techniques et militaires beaucoup plus complexes que ne laissent paraitre certains avis péremptoires, émis, bien souvent, du fond d’un confortable canapé parisien, en totale méconnaissance de la « chose navale ».

    NOTA: A ce sujet, je ne saurais trop conseiller à ceux d’entre vous qui ont un peu de temps libre, de se procurer, sur le site de la BNF-Gallica, le document « Détail du Combat Naval qui a eu lieu le 14 Thermidor an VI », véritable « brulot » qu’un certain Achard, lieutenant de vaisseau de son état, fraichement de retour en France, s’est empressé de lancer à l’encontre des amiraux français, qui commandaient durant la bataille, à savoir Brueys, mort au combat, Blanquet du Chayla, prisonnier, Decres et Villeneuve, qui avaient, eux, réussi à prendre le large, les accusant d’impéritie, de lâcheté et de trahison, y joignant, pêle-mêle, Truguet, Ministre de la Marine de novembre 1795 à juillet 1797 et superviseur de la première et calamiteuse expédition d’Irlande (décembre 1796), Villaret-Joyeuse, qui s’était vu retiré le commandement naval de ladite expédition, en raison de son opposition patente (mais justifiée) au projet, Trogoff, qui avait livré le port et la flotte de Toulon, aux Anglais, en 1793, Lelarge, commandant de la flotte de Brest, chargé des préparatifs navals de la seconde et tout aussi catastrophique expédition d’Irlande de 1798, tous, officiers d’origine noble, constituant, selon l’auteur, « ces hommes qui étaient la crasse de l’ancienne marine » (sic) ! Sachant que tous ces amiraux, hormis les deux défunts et Trogoff, qui avait jugé plus sage d’embarquer avec la flotte anglaise, mais y compris Villaret-Joyeuse - dont la déportation en Guyane, prononcée après la purge du 18 fructidor An 5, avait été rapidement commuée en une courte assignation à résidence dans l’Ile de Ré -, assumeront les plus hautes charges sous l’Empire, que certains d’entre eux conserveront, encore, après l’accession au trône de Louis XVIII, il y a fort à parier que le dénommé Achard, après la publication de son pamphlet assassin, aux incontestables relents rappelant les pires moments de la Terreur, aura jugé plus sage d’abandonner la carrière navale pour se consacrer à la culture du potiron.

    Pour l’essentiel, la guerre sur mer se résume à des affrontements entre divisions - une division étant, en général, constituée d’une demi-douzaine d’unités - et une succession de combats « singuliers », comme celui de la frégate Ambuscade et de la corvette La Bayonnaise, évoquée plus haut ; j’ai soigneusement mis l’adjectif singulier entre guillemets car, en certaines occasions, quelques malchanceux, tant anglais que français, se retrouvent esseulés face à une division ou une escadre ; si, dans une situation de déséquilibre aussi patent, l’inflexible code de justice naval consent à autoriser la fuite – sans se dispenser, pour autant, de traduire le capitaine et l’état-major du « fuyard » devant un Conseil de Guerre, pour justifier du bien-fondé de sa décision - , encore faut-il que le bâtiment soit bon marcheur et que les conditions de vent et de mer lui permettent de s’échapper.
    Les batailles navals ont toujours suscité des vocations d’écrivains, notamment chez les officiers de marine à la retraite ou en disponibilité mais pas que… un certain Eugène Sue, plus connu pour son œuvre, Les Mystères de Paris, se fendra, lui-aussi, d’une Histoire de la Marine Française, sous le règne Louis XIV. La période Révolution & Premier Empire n’y fera pas, non plus, exception et, dès la Restauration, des historiens s’y attèleront avec plus ou moins de talent et de souplesse d’échine vis-à-vis de la monarchie restaurée ; il faut donc se méfier de certains récits et de leurs narrateurs, qui n’hésitaient pas, pour plaire au régime, à jeter dans le même panier, révolutionnaires et serviteurs de l’Empereur déchu, quelque aient pu être leurs mérites, tout en effectuant d’élégants ronds-de-jambe quand il s’agissait d’un personnage encore en poste - çà vit vieux un amiral !-. La relation chronologique de ces actions, maintenant vieilles de plus de deux cents ans, a été menée par plusieurs historiens, dont un certain Onésime-Joachim Troude, ex-officier de marine, qui lui consacrera quatre monumentaux pavés de 500 pages, chacun, publiés, en 1867-1868, sous le titre de « Batailles Navales de la France » ; le temps écoulé depuis les événements garantit un minimum d’impartialité et de hauteur de vue de la part de l’auteur. Contrairement à ses contemporains, Onésime – oui, nous sommes devenus intimes, vu le temps passé ensemble ! - a eu l’amabilité de se fendre d’un inventaire annuel des unités perdues, détruites ou capturées, tant en Angleterre qu’en France. Comme je commence à vous connaitre, j’en vois, déjà, quelques uns qui soupirent… Pfuuuu… Il va nous noyer sous une pile de tableaux rébarbatifs !... C’est pas faux ! Sauf que, sans qu’il soit nécessaire que vous vous infligiez une revue de détails, la disproportion des listes respectives, certaines années, est, à elle seule, suffisamment parlante !
    Les bâtiments de guerre y sont classés par types, vaisseaux de ligne, frégates, corvettes, bricks ; vous trouverez dans le Volume I de cette œuvre magistrale – la modestie est une de mes principales qualités ! - un déclinaison (suffisamment) détaillée, avec de jolies images, de ces différentes unités.

    La Marine des Goddons

    Remarque : Oui, je sais, je vous avais quasiment infligé le même paragraphe dans l'épisode précédent! Mais, un, je fais "kêske" je veux avec mon article, deux, comme vous êtes trop flemmards pour faire un retour en arrière, je vous facilite la vie!

    Dans la Royal Navy, le classement était sensiblement identique, à quelques nuances près. Il existait deux classes de trois-ponts, 120-100 & 98-90 canons, eux-mêmes déclinés en 9 sous-catégories, en fonction du calibre des deuxième et troisième batterie, au-dessus de la flottaison, la batterie basse ou première batterie étant, elle, systématiquement armée du 32 livres (pounds), le plus gros calibre embarqué dans la Navy – en 1795, quelques vaisseaux britanniques portaient du 42 livres en batterie basse -, alors que la Marine française avait, elle, adopté le 36 livres. De surcroit, la livre anglaise ne faisant que 453 grammes, soit 10% de moins que notre livre nationale de 500 grammes, le boulet de 32 pounds, n’en pesait, en réalité, que 29. Autrement dit, avec une même batterie basse, percée à 15 (sabords), le poids de la salve de 32 livres, tirée par un Anglais, était de 15 x 29 livres, soit 435 livres ou 217,5 kg, alors que, côté français, la salve de 36 livres, expédiait 270 kg de ferraille.
    A première vue, çà parait tout bon pour le canonnier français sauf que les pièces britanniques étaient de construction notablement plus légère, donc plus faciles à manœuvrer par ses servants, et, de toute manière, le canonnier britannique, mieux exercé, était indiscutablement plus rapide et capable de délivrer deux salves, quand son homologue français n’en lâchait qu’une.
    Les deux-ponts (3ème classe), étaient répartis, comme en France, en 80 et 74 canons, mais la Royal Navy alignait encore un certain nombre de deux-ponts de 64 et 60 canons, et même une série de bâtiments, dits « hors-ligne », de 56 à 44 pièces (4ème et 5ème classes), qui n’étaient plus représentés dans la marine française, à l’exception de bâtiments de prise, comme ceux qui seront capturés à Venise.
    Les frégates (5ème & 4ème classes) étaient armées de canons de 18 livres - 12 livres pour les plus petits échantillonnages - . Ces deux classes de bâtiments couvraient également la catégorie des corvettes françaises – dites corvettes de 20 -, la corvette et le brick (ou brig) étant souvent désignés sloop dans le vocabulaire naval britannique, sans la distinction française du nombre de mâts (3 pour la corvette, 2 pour le brick). Notre bon Onésime ayant classé tous les unités plus petites que la frégate, dans une catégorie fourre-tout, « bâtiments de rangs inférieurs », je me suis efforcé, avec les moyens du bord, dont des documents fiables d’époque, d’effectuer une ventilation plus fine.

    Effectifs Marine Nationale & Royal Navy

    Au 1er octobre 1791, la flotte française se compose de 246 bâtiments de guerre et de charge*, à flot ou en construction, dont :
    86 vaisseaux (dont 10 en construction) : 3 de 118 canons, 5 de 110, 10 de 80, 67 de 74 et 1 de 64
    76 frégates : 20 de 36 canons, 53 de 32 canons
    47 corvettes et avisos de 26 à 4 canons
    7 chaloupes canonnières portant du 24 et du 18
    30 flûtes et gabares de 200 à 800 tonneaux.*
    *NOTA : Le navire de charge est un transport armé ou flûte – rien à voir avec le pipeau ! -, soit construit pour ce rôle, soit par conversion temporaire d’un navire de guerre, on parle, alors, de bâtiment armé en flûte, en débarquant une partie de son artillerie pour libérer la ou les batteries afin d’y loger la cargaison ou des troupes, quand il s’agit d’un corps expéditionnaire. La standardisation, par la marine française, du 74, en tant qu’unité de base de la ligne, ayant, progressivement, mis au rencart la classe des deux-ponts de 54 & 64 canons, certains d’entre eux, compte-tenu de leurs dimensions respectables, finiront, ainsi, leur carrière, armés en flûte. La différence entre une flûte et une gabare réside, essentiellement, dans le tonnage.

    La Royal Navy, de son côté, aligne, alors, 115 vaisseaux (tous à flot !) ; en chiffres purs - comme ils les aimaient, à l’époque - sa flotte de vaisseaux porte 8 718 canons, contre 6000 pour nous, mais le poids cumulé de sa volée sur un seul bord n’est que de 88 000 livres, comparée à nos 74 000 – ces chiffres sont exprimés en livres françaises (0,4895 kg) -, avantagées, sur le papier, par le poids de nos boulets de plus grands calibres.
    Ces données purement théoriques, certes, d’usage courant au XIXème siècle – je les ai dénichées dans le premier tome de Guerres Maritimes sous la République et l’Empire, commis par Edmond Jurien de la Gravière (1812-1892), contre-amiral de son état, converti en auteur très prolifique, une fois mis en disponibilité -, sont assez étonnantes sous la plume d’un marin, car, si, sous certaines conditions de combat, le poids de la volée est, effectivement, à prendre en considération, l’élément humain, les caractéristiques de la plate-forme de tir, l’état de la mer, les conditions météo en sont, eux, totalement, absents. Ainsi, par mer formée, la plupart des trois-ponts ne peuvent utiliser leur batterie basse, sous peine de la noyer, en embarquant des paquets de mer par les sabords ouverts ; de même, un bâtiment qui gite fortement, sous l’effet du vent et de sa voilure, ne peut, bien souvent, utiliser sa batterie basse, sur le bord sous le vent (côté opposé au lit du vent), alors que le bord au vent est rapidement aveuglé par la fumée de ses tirs, rabattues par le vent, etc.
    Je pense qu’il faut prendre en compte la proximité de l’auteur avec la cour de Napoléon III et son manque d’engouement (euphémisme !) pour la IIIème République, qui lui a succédé ; tout en le formulant avec élégance et une modération apparente, il insiste bien sur les qualités de la flotte française de Louis XVI et les impérities coupables des Révolutionnaires dont elle sera la première victime (militaire).
    Ce dernier constat n’est pas totalement faux pour de nombreuses raisons, dont l’une est le contexte inégalitaire qui régnait dans la Marine ; pour les plus extrémistes de « nos » hommes politiques et cadres qui ont dirigé la France, aux pires heures de la Révolution, la période 1793 à 1795, baptisée, depuis lors, « La Terreur », durant laquelle le gouvernement de Salut Public a exercé le pouvoir, la « Royale » constituait l’exemple même des excès du pouvoir monarchique. Un simple pioupiou pouvait espérer, par ses actes de bravoure et sa « foi révolutionnaire », grimper dans la hiérarchie de l’Armée de Terre ou même l’Artillerie, mais de telles promotions étaient totalement à écarter dans la marine, ne serait-ce que pour de bêtes raisons de compétences techniques. Après un an de combat, un simple fantassin pouvait être propulsé à la tête d’une compagnie, voire d’un régiment, mais ce n’était pas le cas pour un matelot ou un quartier-maitre, car il fallait dix ans pour former un officier de marine, vingt, pour obtenir un commandant de bâtiment à peu près capable. Les rares « grandes gueules », étiquetées « révolutionnaires exemplaires », qui seront bombardées officiers, durant le gouvernement de Salut Public, se révèleront être totalement incompétents et, après son éviction du pouvoir, seront confinés à des tâches mineures sans aucun espoir de promotion ou carrément rétrogradés. Nos révolutionnaires les plus intransigeants et irréductibles seront trop contents de trouver, pour commander les escadres et les grandes unités, des officiers « nobles », qui, par sens du Devoir, étaient restés fidèles à une République, qui ne les avait, pourtant, pas épargnés, et dont les représentants agitaient, en permanence, la menace de la guillotine – la demande de Jean Bon Saint André, ordonnateur au Ministère de la Marine, qui avait exigé d’en embarquer un exemplaire sur les grandes unités était, quand même, restée sans suite ! -, à la moindre peccadille ou pour ce qu’ils considéraient comme un acte de traitrise, tel qu’un vent contraire empêchant au bâtiment d’engager le combat dans des conditions acceptables... Si je vous dis! Faites-moi confiance ! A sa décharge, la République était, alors, dans une position difficile ,contrainte de faire face, à ses frontières, à l’Angleterre, l’Autriche et l’Espagne – 1ère Coalition -, à l’intérieur, au soulèvement chouan, sans compter la menace quasi-permanente de renversement politique (sur sa Gôche, sa Droâte, de la part des Monarchistes … c’est d’ailleurs ce qui tombera sur la tronche Du Gouvernement de Salut Public, en octobre 1795 !)

    Les deux tableaux, ci-après, récapitulent, chronologiquement et de haut en bas, les gouvernances françaises en place durant l'année de référence, le contexte conflictuel avec nos voisins, les grands évènements diplomatiques (traités de paix) et, enfin, les opérations & batailles navales remarquables - ne venez pas me dire que c'est compliqué, car, même moi, je me suis compris, c'est pour dire! -.




    Un série de tableaux annuels (1793-1802) des pertes comparées de la Marine française (sur fond bleu) et de la Royal Navy (sur fond rouge).
    Ils sont suffisamment parlants pour ne pas nécessiter de commentaires.Vous noterez facilement la tendance à l'équilibre qui s'instaure à partir de 1797 - même si nous prenons une tôle sévère, à Aboukir, en 1798 -.










    Comments 17 Comments
    1. Avatar de Ernst
      Loïc


      Merci...

      Toujours très intéressant.

      Ernst
    1. Avatar de domsuhr
      Voilà le marin d'eau douce qui s'y remet... T'as pas des articles à écrire ?
    1. Avatar de lostiznaos
      C'est le genre de truc que l'on voit toujours arriver avec plaisir!

      Du solide et du sérieux qui va bien, et toujours nos petites divergences d'opinion qui vont bien aussi!...

      Là ce n'est pas sur la lecture générale de la Révolution Française et de la période de la Convention en particulier (cela nous conduirait trop loin!) mais sur la question de l'encadrement en général et du lien entre la marine de louis XVI et celle de la Révolution puis de l'Empire.

      S'il y a un fait qui m'a toujours tiré l'oeil chez les auteurs que tu cites (enfin ceux que j'ai lu!), c'est bien le jugement porté sur la belle marine de Louis XVI! c'est grand, c'est beau, c'est volontaire ou pas : comme tu l'évoques très bien, il y a l'esprit de caste, la célèbre échine adaptée au pouvoir du moment et, ne l'oublions pas, le non moins classique syndrome du bon vieux temps de quand nous étions jeunes beaux et fougueux!

      Or fondamentalement, il me semble que la marine de Louis XVI est très largement surestimée par la grande majorité des auteurs, y compris pas mal d'Anglais!

      Or si on y regarde de près...
      D'accord question construction navale... On a tout bon, et cela dure grosso modo (sauf peut-être en matière d'armement) jusqu'au milieux du Premier Empire quand les Anglais commencent à prendre de l'avance sérieusement en matière de gréement et de métallurgie par exemple.
      Ok encore pour certaines catégories de personnel, pour l'habileté reconnue des canonniers français dans certaines circonstances (voir la belle dérouillée subie par le Victory à Ouessant). Les Anglais auront plus que leur part de problèmes de mutineries et autres...

      Mais pour le reste?

      Sur le fond je pense que la marine, dès Louis XVI, souffre d'un grave déficit dans ses cadres. C'est vrai pour les capitaines des vaisseaux de lignes qui sont rarement des marins au sens premier du terme (ils s'en remettent d'ailleurs encore souvent à des subalternes roturiers pour la manoeuvre) et encore moins des officiers disciplinés. Les abordages en escadre et autres plantages face au vent sont nombreux dans les relations de la guerre d'Amérique! Et les bons marins, il y en avait, ne sont pas forcément, eux, de grands tactitiens! C'est probablement aussi vrai, sinon pire, pour les officiers supérieurs, commandant des divisions ou des escadres. Pour être clair, les opérations navales de la guerre d'Amérique ne brillent pas par leur inspiration. d'Orvilliers ou D'Estaing ont été incapables de concevoir des opérations décisives, et De Grasse qui l'a réussi, lui, par la manoeuvre conduisant à la reddition de Cornwallis, s'est toujours montré très hésitant par ailleurs et n'a pas su tirer parti de l'ascendant acquis... Jusqu'à la défaites des Saintes.

      Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de mettre en cause le courage, le dévouement ni les qualités personnelles de tous ces braves gens.
      La question est surtout à mon sens que si la France de louis XVI dispose d'un outil technique de premier ordre, elle ne possède ni les cadres navigants, ni les tactitiens, ni les stratèges nécessaires pour gagner une guerre face à l'Angleterre autrement que par défaut. C'est exactement ce que sera la guerre d'Amérique : une victoire par défaut que l'on va surévaluer, dans un premier temps parce qu'il fallait effacer les souvenirs des désastres de Louis XV qui sont encore un traumatisme paralysant pour cette génération de marins, et dans une second temps parce qu'il faudra bien faire porter à quelqu'un le chapeau des fessées à répétition du Directoire, du Consulat et de l'Empire... Puisqu'on étaient si forts sous Louis, c'est bien la preuve que c'est la faute aux Révolutionnaires Sanguinaires ou à l'Ogre Corse si on est devenus si nuls.

      On pourrait discuter les causes, je pense pour faire vite qu'elles tiennent à des questions socio-politiques liées à l'Ancien Régime d'une part, et à la faiblesse des outils de formation d'autre part. Mais le fait est que la marine de la Révolution hérite de l'outil et... De ce qui reste des hommes, compte tenu des engagements des uns et des autres dans les luttes politiques de la révolution. Comme tu le dis très justement, il faut dix ans pour former un bon officier de marine, ni la révolution ni l'Empire ne pourront le faire dans le processus de dégradation progressif de l'outil face aux désastres successifs. Il ne naîtra jamais de génération "révolution/empire" de capitaines et d'amiraux comme ce fut le cas dans l'armée de terre.

      Après il y a pour brouiller l'analyse le célèbre tandem maudit militaires/politiques qui sert toujours en dernier recours (pour Sedan et Dien Bien Phu aussi)! Les premiers ont une longue habitude de faire porter sur les seconds la responsabilité exclusive de leurs échecs ou de leurs incapacités, et les seconds une non moins longue habitude de demander tout et n'importe quoi aux premiers dans un mépris royal des réalités triviales du terrain!
      Cela ressort assez bien dans le lamento des amiraux qui se plaignent sans cesse qu'on leur demande des missions impossibles... Et dans les ordres comminatoires des organiseurs de grandes expéditions ne tenant aucun compte des conditions de la mer! il n'empêche que l'incapacité est très également partagée entre amiraux et politiques dans la plupart des cas!

      Au fond, la question est probablement qu'il n'y a pas en France, sous l'Ancien Régime, la Révolution et encore moins sous l'Empire de direction politico-militaire qui soit peu ou prou compétente en matière maritime. Là où les gouvernements britanniques ont une longue habitude de penser océan et marine, les Français perdent très vite le peu qu'ils avaient. Jamais on ne verra se structurer en France d'organisme central pensant et agissant au sens où se constitue progressivement l'Amirauté britannique.

      A+
      Gilles(Lostiznaos)
    1. Avatar de Loïc Charpentier
      Ben, comme tu as tout dit, je n'ai rien à ajouter.
      En résumé, il y a deux situations possibles :

      A - En temps de guerre :

      Il existe les écrits lapidaires des militaires, qui relatent les faits sans aucune prise de position; ils peuvent, éventuellement, tenter de se sauver le cul, selon le résultat des combats, mais çà s'arrête là.
      Généralement, durant cette période, les "spécialistes" (civils "avertis", militaires sans solde ou à la retraite) restent discrets, sauf les opposants au régime, quand ils peuvent s'exprimer, mais, la plupart du temps, leurs propos sont tellement à charge, qu'ils perdent l'essentiel de leur crédibilité (même si parfois, ils ne contiennent pas que des niaiseries).

      B- En temps de paix (ou après un conflit ):

      Option 1 : le gouvernement politique en place est inchangé - Ex: Règnes de Louis XIV, Louis XV, Louis XVI (avant 1789), 1er Empire, IIIème République, après février 1871
      1) La (les) relation(s) officielle(s) des évènements, sont commanditée(s) par le gouvernement. En principe, ces écrits n'ont pas vocation à tailler un costar aux dirigeants militaires et politiques.
      2) La relation par des intervenants "extérieurs", qui peut, selon la tendance politique de son auteur, varier entre le niveau "lèche-botte de 1ère classe" et "critique mesurée", cette dernière ayant tendance à accentuer son aspect "négatif" au fil du temps (régime identique, mais changement de gouvernement, remplacement des décideurs civils et militaires, etc.)

      Option 2 : Changement de régime, pour raisons intérieures (ex: Révolution Française), ou conséquence d'une défaite militaire (ex: Waterloo, Septembre 1870, juin 1940)

      Séquence 1 : Haro sur le baudet! Cà chauffe grave pour les décideurs du régime précédent, quelque aient été leurs responsabilités réelles - néanmoins, durant la Restauration (Louis XVIII), on constate, généralement, une critique des plus modérées...et pour cause, vu que la grande majorité de la population et une bonne partie des cadres ("revenus" aux affaires) sont des (anciens) partisans du régime précédent
      Pour mémoire, le naufrage de la frégate Méduse, avec son radeau ne va pas arranger les bidons de la nouvelle direction du ministère de la Marine et donner une bonne image des officiers de marine qu'elle avait choisis, dont l'essentiel, exilé, n'avait plus vu un bâtiments de près depuis presque trente ans!

      Séquence 2 : Après 10-15 ans, en principe, le discours devient plus serein et les analyses, mesurées et "intelligentes" dans leurs critiques ou louanges.
      Une exception, après la guerre de 1870, la rancœur, vis-à-vis de l'allemand vainqueur, reste pérenne jusqu'en 1914.
      Le seul qui s'en démarquera, par sa relation, impartiale et exempte de "partisianisme", de ladite guerre (en 11 000 pages), mais inachevée, pour cause de 1ère Guerre Mondiale, sera le "Service" des écrivains militaires de l’État-major des Armées (françaises).

      Contexte particulier : Grosso "merdo", la Marine Nationale Française a engrangé plus de défaites que de victoires, face à son "ennemi" ancestral, la Perfide Albion et sa Royal Navy. Trouvez-moi deux autres nations qui ont passé plus de 700 ans à se mettre élégamment sur la tronche à intervalles aussi réguliers ?
      Il existe une explication sur notre "déficit" naval ; contrairement à l'Angleterre ilienne, la France a, toujours, du entretenir une puissante armée terrestre; quand elle alignait une force de 150 000/200 000/400 000/800 000 hommes, selon l'époque, l'Angleterre se contentait de 15 000/25 000/50 000 - à Waterloo, Wellington disposait de 25 000 hommes de troupe "britanniques", le gros de l'armée "anti-Poléon" étant constitué par ses "alliés" terrestres (Allemagne, Autriche, etc.).
      Ce constat a des implications directes sur l'importance du budget naval. C'est un peu pour cette raison, que le "célèbre" "The Influence of Sea Power upon History 1660-1783" rédigé par T. Mahan, publié en 1889, où, l'auteur, officier de l'US Navy, explique comment l'Angleterre a dominé le monde grâce à sa puissance navale, bouquin qui servira de livre de chevet à Guillaume II et aux stratèges japonais, me fait doucement marrer, les dés étant pipés dès le départ!

      Sinon, dans la Séquence 2 , il convient, également, de sérier les "discours", en fonction de la paternité du régime en place. Le Second Empire était "l'enfant direct" du Premier, il était donc difficile, sous le règne du neveu, de dire que le tonton s'était planté! Onésime Troude en est un parfait exemple.
      La IIIème République, à ses débuts, se voulait l'héritière de la "grande" Révolution de 1789. Là, aussi, critiquer les égarement de son illustre ancêtre risquait de porter préjudice à son auteur.

      Au final, le plus intéressant, dans ces études d'aimable amateur passionné mais sans prétention, est d'essayer de séparer le vrai du faux (çà c'est facile!) et d’interpréter correctement (en étant le plus neutre possible!) les documents et relations y afférant, en fonction du contexte historique existant.
      Question impartialité, les Britons sont, eux-aussi, très loin du compte et j'aurais même tendance à dire que c'est encore pire, en raison de leur pourcentage de réussite, qui avait tendance à masquer les carences.
      Gilles y faisait allusion en évoquant la grande mutinerie de la flotte britannique, au Nore, en 1798. Chez nous, durant les "belles" années (1793-1795) de la Révolution, c'était le boxon complet dans nos arsenaux (piquets de grève, émeutes, etc.) mais nous n'avions pas connu de mutinerie généralisée des équipages.

      Au passage, Cher Camarade , sur le plan technique, effectivement, la Royal Navy avait mieux évolué que notre Royale...Mâture et voilure plus réduite : on diminue les performances "vitesse pure" au profit de la robustesse et de l'efficacité militaire... Manœuvres d'escadre (ou de division) et exercices au canon plus fréquents (plus école de canonnage plus réaliste - tir à plein bois -), donc meilleurs automatismes et plus grande efficacité. Sinon, les Brits découvriront que nous utilisions des pièces métalliques (en fer forgé) pour, faute d'approvisionnements suffisants de bois de bonne qualité, renforcer la structure de nos batteries.
      A la Restauration, nous avions eu droit à un défilé "d'experts" navals - surtout experts en confort de salons d'Immigrés - qui se délectaient à nous narrer par le menu toutes les compétences, comparées et plus ou moins avérées, de la marine britannique. Trente ans de thé, de gigot à la menthe et de plum-pudding, çà marque son homme!
    1. Avatar de domsuhr
      La phrases de lostiznaos : "La question est surtout à mon sens que si la France de louis XVI dispose d'un outil technique de premier ordre, elle ne possède ni les cadres navigants, ni les tactitiens, ni les stratèges nécessaires pour gagner une guerre face à l'Angleterre autrement que par défaut." Ca me rappelle une autres époque...on se met en 1940, on change d'arme et d'adversaire... Mais je disgresse et ne voudrai en aucun cas faire ombrage à mon cher vénéré marin et son travail d'expert...
    1. Avatar de Alain VERWICHT
      Dominique, lis-tu GBM ?
    1. Avatar de Loïc Charpentier
      Citation Envoyé par domsuhr Voir le message
      La phrases de lostiznaos : "La question est surtout à mon sens que si la France de louis XVI dispose d'un outil technique de premier ordre, elle ne possède ni les cadres navigants, ni les tactitiens, ni les stratèges nécessaires pour gagner une guerre face à l'Angleterre autrement que par défaut." Ca me rappelle une autres époque...on se met en 1940, on change d'arme et d'adversaire...
      Il n'y avait pas que des Nelson dans la Royal Navy, mais son organisation et l'instruction de ses aspirants et jeunes officiers subalternes étaient mieux adaptées pour obtenir le maximum d'efficacité du bâtiment.
      Par exemple, seul, le détachement d'infanterie n'était pas (directement) commandé par officier de marine, mais par un officier des Royal Marines (le corps des "fusiliers-marins" britanniques).
      Dans la marine française, l'artillerie du bord était confiée à un corps spécialisé (plus ou moins compétent selon l'époque) et à un commandement distinct ; l'instruction des futurs officiers de marine français se limitait, elle, aux "rôles nobles", la Navigation et le Commandement.
      En plus l'attribution des commandements, sous la Royauté, ne se faisait pas, nécessairement, en fonction des compétences; seuls, les officiers nobles pouvaient y prétendre et leur fortune personnelle constituait un élément important, car un certain nombre de dépenses pour l'entretien du bâtiment étaient à leur charge. Autrement dit, compétent mais "pauvre", un officier de marine français avait peu de chance de décrocher le commandement d'un navire de ligne.
      Cette notion de pognon existait, également, dans la Royal Navy, mais à une échelle moindre.
      Durant la période "Révolution", nous n'avons pas eu que des burnes, c'était le cas de Linois (Charles Alexandre Léon Durand de Linois).
    1. Avatar de CYJLCH
      Citation Envoyé par lostiznaos Voir le message

      .... c'est bien le jugement porté sur la belle marine de Louis XIV! c'est grand, c'est beau, c'est volontaire ou pas : comme tu l'évoques très bien, il y a l'esprit de caste, la célèbre échine adaptée au pouvoir du moment et, ne l'oublions pas, le non moins classique syndrome du bon vieux temps de quand nous étions jeunes beaux et fougueux!

      Or fondamentalement, il me semble que la marine de Louis XIV est très largement surestimée par la grande majorité des auteurs, y compris pas mal d'Anglais!

      Or si on y regarde de près...
      D'accord question construction navale... On a tout bon, ...
      Ok encore pour certaines catégories de personnel, pour l'habileté reconnue des canonniers français dans certaines circonstances ...

      Mais pour le reste?

      Sur le fond je pense que la marine, dès Louis XIV, souffre d'un grave déficit dans ses cadres. ...

      A+
      Gilles(Lostiznaos)
      Je ne sais pas pourquoi mais si on enlève Duquesne et Tourville, ton texte me fait furieusement penser à la belle époque du Soleil Royal; que j'étudie depuis plus d'un an dans l'espoir d'en faire enfin un kit convenable ().
      Dieu merci, au moins Louis XIV avait Colbert.

      A+
      Cédric
    1. Avatar de Alain VERWICHT
      Louis XVI ou Louis XIV ?
    1. Avatar de Loïc Charpentier
      parce qu'il faudra bien faire porter à quelqu'un le chapeau des fessées à répétition du Directoire, du Consulat et de l'Empire... Puisqu'on étaient si forts sous Louis, c'est bien la preuve que c'est la faute aux Révolutionnaires Sanguinaires ou à l'Ogre Corse si on est devenus si nuls.
      Gilles, regarde bien les tableaux de pertes annuelles. En gros, le Directoire est au pouvoir à la toute fin de 1795 et ne peut pas faire grand-chose en 2 mois. 1796 est une année de transition; les Goddons n'y perde aucun bâtiment dans le cadre de combats, uniquement des dégâts consécutifs à des faits de mer et des tempêtes. Si on excepte 1798 et la bataille d’Aboukir qui nous coûte très cher en bâtiments de ligne, les pertes 1797, 1799, 1800, 1802 sont relativement équilibrées, sauf que, encore une fois, pour certaines années, celles de la Royal Navy sont, essentiellement, des accidents. En 1801, par contre, les Anglais enregistrent de vraies pertes au combat. C'est significatif d'une amélioration générale de notre "Royale". A noter que la Grande-Bretagne, après le Traité de Lunéville, en avril 1801, se retrouvant, en 1802, toute seule à combattre contre nous, négocie la Paix d'Amiens. Comme par hasard, elle était l'instigatrice des deux premières Coalitions et sera aussi à l'origine de la Troisième. Une des rares fois où elle s'était retrouvée seule face à plusieurs adversaires, en réalité, deux (les rebelles américains et nous, durant leur Guerre d'Indépendance), elle a perdu. Constat qui ouvre des horizons intéressants, n'est-il pas? Ah, je viens de constater que je n'ai pas précisé la raison d'être de l'indice (1), qui figure en regard de certains bâtiments, dans les tableaux de pertes, il indique que c'est un bâtiment pris à l'ennemi et remis en service par ses nouveaux propriétaires.
    1. Avatar de CYJLCH
      Citation Envoyé par Alain VERWICHT Voir le message
      Louis XVI ou Louis XIV ?
      Les deux mon colonel

      En fait, les remarques faites ici sur la marine de Louis XVI peuvent tout aussi bien s'appliquer à celle de Louis XIV.

      A+

      Cédric
    1. Avatar de Alain VERWICHT
      Citation Envoyé par CYJLCH Voir le message
      Les deux mon colonel

      En fait, les remarques faites ici sur la marine de Louis XVI peuvent tout aussi bien s'appliquer à celle de Louis XIV.

      A+

      Cédric
      Les bras m'en tombent.
      Bref.
    1. Avatar de domsuhr
      Citation Envoyé par Alain VERWICHT Voir le message
      Dominique, lis-tu GBM ?
      Malheureusement non...

      Ai-je médit sur le sujet ?
    1. Avatar de lostiznaos
      Merci à tous de trouver de l'intérêt a ces échanges!


      Citation Envoyé par Loïc Charpentier Voir le message
      Gilles, regarde bien les tableaux de pertes annuelles. En gros, le Directoire est au pouvoir à la toute fin de 1795 et ne peut pas faire grand-chose en 2 mois. 1796 est une année de transition; les Goddons n'y perde aucun bâtiment dans le cadre de combats, uniquement des dégâts consécutifs à des faits de mer et des tempêtes. Si on excepte 1798 et la bataille d’Aboukir qui nous coûte très cher en bâtiments de ligne, les pertes 1797, 1799, 1800, 1802 sont relativement équilibrées, sauf que, encore une fois, pour certaines années, celles de la Royal Navy sont, essentiellement, des accidents. En 1801, par contre, les Anglais enregistrent de vraies pertes au combat. C'est significatif d'une amélioration générale de notre "Royale". A noter que la Grande-Bretagne, après le Traité de Lunéville, en avril 1801, se retrouvant, en 1802, toute seule à combattre contre nous, négocie la Paix d'Amiens. Comme par hasard, elle était l'instigatrice des deux premières Coalitions et sera aussi à l'origine de la Troisième. Une des rares fois où elle s'était retrouvée seule face à plusieurs adversaires, en réalité, deux (les rebelles américains et nous, durant leur Guerre d'Indépendance), elle a perdu. Constat qui ouvre des horizons intéressants, n'est-il pas? Ah, je viens de constater que je n'ai pas précisé la raison d'être de l'indice (1), qui figure en regard de certains bâtiments, dans les tableaux de pertes, il indique que c'est un bâtiment pris à l'ennemi et remis en service par ses nouveaux propriétaires.
      De fait l'idée n'est effectivement pas de rapporter le constat général à chaque cas particulier. Disons que j'ai une lecture moins optimiste que la tienne pour 1801 qui peut aussi bien faire figure d'exception que d'amélioration. Sur l'ensemble de la période le mouvement est hélas peu équivoque, d'autant que la marine ne parvient pour ainsi dire plus à remplir les missions qui lui sont assignées.

      A propos des guerres menées par l'Angleterre dans cette période, il est certain que toute la politique anglaise en Europe va consister à forger et à financer des coalitions, le rapport des populations entre France et Angleterre ne permettant évidemment pas à cette dernière de faire face seule sur terre. L'habileté diplomatique reste de ne pas livrer la guerre aux conditions de l'adversaire! cela dit l'habileté diplomatique est une chose, le poids de la domination française en Europe et l'absence de vision politique réaliste à long terme de Napoléon concernant l'Europe en est une autre, sans doute bien plus décisive.

      Sur mer la situation est assez différente, puisque durant la période, la Royal Navy prend en charge la quasi totalité de l'effort sur l'ensemble des théâtres d'opération et fait face à ce qui reste des flottes de guerre européennes qu'elle achève de sécher au passage (Espagne, Danemark etc). Beaucoup de gens en France oublient que la flotte de D'orvilliers qui tente la descente en Angleterre ou bien-sûr celle qui combat à Trafalgar sont des flottes franco-espagnoles... Et les Espagnols n'ont pas démérité à Trafalgar malgré leur mauvaise réputation!

      Le cas de la guerre d'Amérique reste particulier, mais du point de vue naval on ne peut guère parler d'une marine américaine réellement opérationnelle. Plus tard les grandes frégates américaines donneront bien quelques sueurs aux Anglais mais pas au point de menacer les équilibres stratégiques.

      Sur le fond, les comparaisons avec d'autres périodes sont tout à fait intéressantes (LouisXIV/Napoléon en particulier) malgré des conditions et des situations naturellement très différentes. Le point incontournable dans l'analyse de n'importe quel conflit si l'on ne veut pas s'en tenir au strict niveau tactique reste la question de l'adéquation entre objectif stratégique/analyse des réalités du terrain au sens le plus large/force employée pour atteindre l'objectif. La force la plus puissante, soit-elle, déployée sans objectif stratégique clair est très généralement battue à travers l'histoire...
      La guerre reste toujours "de la politique par d'autre moyens" comme disait l'autre qui en connaissait un rayon...
      A+
      Gilles(Lostiznaos)
    1. Avatar de Alain VERWICHT
      Citation Envoyé par domsuhr Voir le message
      Malheureusement non...

      Ai-je médit sur le sujet ? :triste:
      Malheureusement oui. Les nombreux et très détaillés récits des combats dévoilent bien des manquements et des fautes graves à tous les niveaux. Pas seulement des hauts responsables, inévitables '' boucs émissaires '' lorsque tout va mal. Certaines '' anecdotes '' sont pitoyables. A lire donc :documentation:
      D'autant plus que les auteurs sont des passionnés de l'histoire de nos armées et non des stratèges de comptoir... :clinoeil:
    1. Avatar de Loïc Charpentier
      J'ai prévu - quand j'aurai "cinq minutes"! - d'essayer de traiter la seconde partie, Consulat à vie & Ier Empire, Troisième Coalition (1803-1815)... il y a de la matière!

      Plus tard les grandes frégates américaines donneront bien quelques sueurs aux Anglais mais pas au point de menacer les équilibres stratégiques.
      Au total, les Américains mettront en service, entre 1794 & 1815, 14 frégates, dont 2 de 44 canons (28 x 18 livres), 4 de 36 canons (28 à 24 canons de 24 à 18 livres), 5 de 32 canons (26 x 12 livres) et 3 bâtiments de prise (1 français et deux anglais). Il n'y avait pas de quoi à faire peur à la Royal Navy, qui n'engagera aucun navire de ligne face à l'US Navy.
      Les "grandes frégates" américaines tiennent plus de la légende que de la réalité. L'emploi du 24 livres US en batterie basse sur certaines "36 canons" (USS Constellation & USS Congress) n'était que le résultat d'un manque de pièces de 18 livres.
      Les plus "puissantes" étaient percées à 14 (nombre de sabords par bord), comme les "copines" anglaises et françaises, alors que nos frégates lourdes de 24 livres (françaises!), comme La Forte ou L’Égyptienne (architecte : François Caro), étaient, elles, percées à 15 (30 pièces de 24 en batterie principale).
      Comme elles avaient été conçues pour embarquer du 24 livres, elles étaient considérées comme de bonnes "marcheuses", alors que les frégates américaines, "armées par défaut" de 24, s'étaient avérées poussives et avaient, rapidement, été réarmées en 18 livres.

      le poids de la domination française en Europe et l'absence de vision politique réaliste à long terme de Napoléon concernant l'Europe en est une autre, sans doute bien plus décisive.
      A la décharge de "Poléon Ier", le contexte de conflit permanent qui a marqué son règne ne facilitait pas la prospective politique à long terme.
      A y regarder de plus près, il a pris la plupart de ses grandes décisions politiques et structurelles, assis sur un pliant, sous une tente de campagne. Ce ne sont pas des conditions idéales pour réflèchir tranquillement.
    1. Avatar de domsuhr
      Citation Envoyé par Alain VERWICHT Voir le message
      Malheureusement oui. Les nombreux et très détaillés récits des combats dévoilent bien des manquements et des fautes graves à tous les niveaux. Pas seulement des hauts responsables, inévitables '' boucs émissaires '' lorsque tout va mal. Certaines '' anecdotes '' sont pitoyables. A lire donc
      D'autant plus que les auteurs sont des passionnés de l'histoire de nos armées et non des stratèges de comptoir...
      Alain, je ne jetterai pas uniquement la pierre aux hauts responsables...Les responsabilités sont à tous les niveaux!
      Quel que soit l'entité, à partir du moment où sa structure est mal définie, inadaptée à la situation et la stratégie ou la doctrine sont elles aussi obsolètes, aucun niveau ne performera...
      Pour moi, l'Auftragstaktik, par exemple, a été une des clés des succès allemands en 40...
      Mais laissons place à la Royale...